mardi 29 mai 2018

26 d'Aquileia à Mainizza 26 km

1 l’étape du jour
 
C’est la dernière partie en Italie… Les échanges vont être plus difficiles désormais car nous ne maîtrisons pas les langues slaves.
L’anonyme de Bordeaux a noté les étapes suivantes depuis Aquileia jusqu’à Ljubljana :
MUTATIO AD UNDECIMUM  XI Milles
MUTATIO AD FORNOLUS    XII Milles
MUTATIO CASTRA            XII Milles 
Inde sunt Alpes Juliae.
AD  PIRUM SUMMAS ALPES VIllI Milles
MANSIO LONGATICO.......     XII Milles
MUTATIO AD NONUM……       VIII Milles
CIVITAS EMONA                  XIII, Milles
 
Le parcours à pied aurait été long, en ayant fait halte pour la première étape après Ad Undecimum. Mais en voiture nous poursuivons jusqu’à Castra, ensuite à Ad Pirum au sommet du col,  puis Vrhnika avant d’arriver à Emona (Ljubjana).

Mais avant nous repassons par le musée d’Aquileia et nous y ajoutons le musée paléo chrétien. 

Le premier musée est immense, ce doit être le plus grand musée lapidaire romain d’Italie donc du monde...






Il y beaucoup de statues, d’inscriptions et de mosaïques.
La néréide Climene séduite par un triton....







Une croix latine du IVème siècle qui aurait pu être dans le musée suivant...


Des bijoux en os ou en ambre. Aquileia était le terme de la route de l’ambre....



Une collection de têtes de statues : d’un côté les représentants de la perfection et de l’autre des portraits sculptés. Malgré les nez manquants, devinez quel est ce côté à gauche en entrant dans la salle.

Nous n’avons vu qu’une seule borne milliaire et ayant une dédicace à l’empereur Giovianus et réutilisée pour honorer les empereurs Valentinien, Valens et Graziano au IVème siècle.











Nous avons vu aussi quelques belles urnes funéraires qui indiquent qui est la personne décédée.






Nous avons aussi découvert une série de statues en cage, dans l’attente de passer dans l’atelier de restauration.





Et nous finissons juste devant l’entrée par la plus belle partie du parc avec un superbe magnolia et d’étranges pyramides 
Le magnolia est en fleur, c’est la période idéale pour l’admirer.


Une dernière stèle funéraire qui date aussi du début de la chrétienté.


Et puis pour finir, nous nous sommes approchés des pyramides... Elle sont composées de dizaines d’urnes funéraires ! Un musée archéologique habituel exposé quelques urnes, à Aquileia il y en a tellement qu’un conservateur a eu l’idée d’en faire des pyramides décoratives.


Nous prenons la route vers le deuxième musée que nous avions oublié la veille, il est sur la route vers Emona...






C’est le musée National Paleochrétien qui conserve quant à lui les vestiges d'une basilique paléochrétienne et expose des objets des lieux de culte et des nécropoles d'Aquilée  du IVème au Xème siècles.

La caractéristique du musée est représentée par la présence, au rez-de-chaussée des restes d'une basilique paléochrétienne, à assise rectangulaire rallongée d'une abside polygonale inscrite dans une figure rectangulaire. 
















Actuellement, le musée permet d'admirer des éléments en pierre tels que sculptures, épigraphes, mosaïques, provenant des lieux de culte et des nécropoles d'Aquilée, pouvant être situées d'un point de vue chronologique entre le IVe siècle et le Xe siècle. Depuis les étages supérieurs, le regard plonge sur la majestueuse cathédrale paléochrétienne. 

Le premier étage est occupé, presque totalement, par des mosaïques de la basilique retrouvée à Beligna, toponyme qui fait référence à la préexistence d'un sanctuaire dédié à Belenus. Le bâtiment qui se composait de trois éléments, pas forcément contemporains, les nefs, les transepts et l'abside dont la mosaïque présente, au milieu de sarments de vigne, douze agneaux et un paon schématisés,  en allusion au Christ et aux apôtres, date de la fin du IVe siècle et il semble appartenir à la phase  initiale de la basilique. 












On peut aussi voir la sculpture à deux bustes, non achevée, des saints Pierre et Paul, qui semble remonter aux premières décennies du IV° siècle.



Pour les premiers chrétiens, le paon est considéré de façon bienveillante car sa chair passait pour être imputrescible comme le corps du christ au tombeau. La chute et la repousse de ses plumes au printemps était interprétée comme symbole de renouveau et de résurrection. Il faut donc voir le paon sur les mosaïques comme symbole d'immortalité.



Il ne reste plus qu’à poursuivre notre route vers











 
2 le tracé
 
 

 
3 le détail de l'étape
 
La voie romaine depuis Aquileia se dirigeait vers la Mutatio ad Undecimum placée par les spécialistes près de Gradisca d'Isonzo ; à partir de là , la route allait vers Farra d'Isonzo. La voie quittait Aquileia par la porte nord et gagnait Villa Vicentina (qui possède une  « via Pedrata » attestant de la voie romaine), puis, passait par Ruda et Villesse, avant d'arriver à Gradisca.
La première partie de la route, de Monastero à Villa Vicentina, coïncide de façon significative avec la Strada Provinciale 8 jusqu'à la croisée des chemins avec la Strada Regionale 14 Trieste-Venise. De nombreux tronçons de la chaussée romaine ont été découverts au XIXème siècle et au XXème siècle. Juste après avoir quitté la ville et traversé deux ponts, le premier sur un canal et le second sur la Natisone au confluent avec la rivière Turrus (Torre), la route arrivait à Colombara, où elle se divisait en deux branches importantes. C'est à ce moment-là que la route de Ljubljana commençait. De là, elle traversait la banlieue nord-est d'Aquileia, le site de la grande necropolis, les «villes des morts», disposés dans des parcelles fermées vendues ou louées à des familles de la ville, qui pourraient enterrer leurs morts ici pour plusieurs générations. Plusieurs monuments et sculptures, encore visibles au musée archéologique national d'Aquileia, appartenaient aux tombes, comme le couple marié dans le calcaire d'Aurisina (fin du premier siècle av. J.-C.) à l'origine inséré dans un cabinet. L'autel funéraire de Quintus Etuvius Capreolus a été créé pour un soldat distingué, né à Vienne en France, mais qui est resté à Aquileia après son temps militaire. Un autre autel funéraire appartenait à Fructus, un marchand à grande échelle; Un troisième à Quintus Cerrinius Corinthus, libéré par le vétéran Quintus Cerrinius Cordus, qui a combattu dans la Legio VIII Augusta qui a été transféré en 45 après JC de la Pannonie (coïncidant avec beaucoup de Hongrie) à Moesia (une région qui correspond maintenant en partie à Serbie et en partie à la Hongrie). La tombe du Curii, datant de la première moitié du premier siècle après JC et découverte à Colombara, a été reconstruite dans le jardin du Musée archéologique, dans un cadre charmant qui rappelle les temps anciens . L'inscription est un véritable «dossier familial», narrant l'ascension sociale et économique d'un groupe étroit et uni, réalisé sur quatre générations, en commençant par la grand-mère, une esclave libérée. L'enceinte était dominée par une maison abritant une statue. De nombreux riches objets étaient placés dans les tombes, comme la belle boîte en verre à bandes dorées avec couvercle pour crèmes ou cosmétiques, qui peut être datée de la première moitié du premier siècle. Une paire de bulae pour attacher un manteau et une boucle de ceinture, en argent doré et grenat, appartenant à une noble femme des classes dominantes gothiques, est mort entre 525 et 550 après JC. Ces objets émoignent de l'importance de la route même après la fin de l'Antiquité, en particulier pendant la guerre dite gothique de 532 à 552 après JC.

Après avoir abordé le groupe d'habitations maintenant connu sous le nom de Villa Vicentina, la route continuait dans la direction de Villesse, où plusieurs milliaires ont été découvertes dans le lit de la rivière Torre le 15 octobre 2008, en aval du pont sur la SR 351. La découverte comprenait huit milliaires et une base, un dixième a été ajouté en 2011. Ces milliaires portent des inscriptions en louange aux empereurs, entre 305-306 et 383-392. Ils ont été découverts sous le gravier, presqu'au centre du lit de la rivière, dans une zone très restreinte et inclinés dans la direction du courant, parallèlement aux rives. Cependant, ils ont été déplacés de leurs positions originelles qui doit avoir été relativement proche et ils ont été érigés dans une zone limitée, non loin d'où ils ont été trouvés. La Torre est une rivière en constante évolution, avec des caractéristiques instables, qui a connu des changements de parcours au cours des siècles passés. Il est donc possible que les bornes milliaires aient été sur la rive gauche, pour marquer le point où la route Aquileia-Ljubljana rencontrait une autre route importante venant de l'Ouest. Le carrefour aurait coïncidé exactement avec le point où les jalons ont été trouvés. 

À 16 kilomètres d'Aquileia, la route atteignait la mutatio ad Undecimum, le relais de poste «au onzième mille», autour duquel la petite colonie de Gradisca d'Isonzo a grandi. Le nom du village vient de  "gradišče" qui veut dire en Slovène lieu fortifié. Plusieurs restes de la route ont été découverts au nord / nord-ouest de cette zone à plusieurs reprises. De la mutatio ad Undecimum, partait vers le sud, la route de Forum Iulii (Cividale del Friuli (Friulian: Cividât, German: Östrich, Slovene: Čedad)). Depuis Undecimum, elle  transitait par Corno, Borgno et Mariano. Cette ville de Forum Iulii définissait la centuriation pour sa région.
 
 
 
 
Après plus de 3 miles, c'est-à-dire environ près de 5 kilomètres, la route arrivait à la mansio Ponte Sonti, à Mainizza, partie de la commune de Farra. Ce nom descriptif indique que la rivière y était franchie par un pont. Cette rivière était l'Aesontius, devenue Sontius. Elle était divinisée comme l’atteste le petit autel votif dédié par Lucius Barbius Montanus au dieu Aesontius (Isonzo), daté du IIIème siècle après JC. Il a été découvert dans les murs de la petite église de Nostra Signora del Sacro Cuore et est maintenant visible au Musée National Archéologique d'Aquileia. Un deuxième petit autel comporte une personnification de la rivière Isonzo, conformément aux méthodes utilisées dans le monde classique pour représenter les rivières. Le dieu est montré demi-couché au milieu des lits à roseaux, reposant sur une amphore à partir de laquelle l'eau jaillit. Les côtés de l'autel sont décorés d'images d'une patera et d'un pichet, symboles d'ornements sacrés aux dieux, tandis que sur le dos se trouve une couronne de laurier, symbole de pouvoir et de victoire. Il peut être daté de la seconde moitié du IIème siècle après JC ou du siècle suivant.
 
 Entre le village de Mainizza et Savogna les Romains ont donc construit un pont dont les vestiges sont encore visibles dans les périodes de rivière à sec. Le pont était en bois et en calcaire, pierre typique des pistes karstiques locales, extraites à plus de cinq kilomètres, mais les piles étaient en conglomérat. Sur la route d’Aquileia à EmonaPonte Sonti est la première station routière indiquée par la Table de Peutinger, à XIIII milles d’Aquileia (22 km environ). Le pont sur l’Isonzo, correspondant à cette distance du port adriatique, a été retrouvé depuis le milieu du siècle passé et les découvertes continuent... Les gros blocs de pierre de la base de l'un des piliers du  pont romain du côté de Savogna ont été trouvés en 2011,  grâce à la sécheresse estivale exceptionnelle. Cette base d'une  des piles du pont est de plan rectangulaire, est de taille imposante : 9 mètres de long et 4,5 mètres de large. Une série de poteaux en bois, verticaux et utilisés pour bloquer les pierres au cours de la construction, ont été trouvés le long du périmètre de la structure. Selon les hypothèses de reconstruction en fonction de la découverte des vestiges entre 1963 et 2003, le pont, sur lequel passait la route Aquileia-Emona (maintenant Ljubljana) devait avoir une longueur de plus de 200 mètres. Si les archess étaient à des distances régulières, il devait comporter au moins 11 piles. L'historien Herodien a écrit que le pont qui traversait la rivière était une «œuvre imposante de grand prestige, construite par les premiers empereurs à piles carrées et arches de taille croissante». La concentration de vestiges archéologiques à cet endroit montre l’existence d’une agglomération secondaire, avec nécropole et lieu de culte (autel dédié à Aesontius).  À Mainizza se trouvait un ancien gué, qui existait déjà à l'époque pré-romaine, remplacé plus tard par un pont dont les vestiges apparaissent lors des débits d'étiage de la rivière. La Tabula Peutingeriana indique une mansio, particulièrement importante comme point de passage d'une rivière tumultueuse, sur une route de circulation dense, et carrefour routier sur lequel arrivent d'autres voies comme celle qui conduit à Forum Julii (Cividale moderne). Au cours des sept siècles de domination romaine, la région était intensément romanisée.  Les fouilles effectuées entre 1933 et aujourd'hui ont mis en lumière diverses structures, révélant un certain nombre de bâtiments complexes sous et autour de l'église. Ces bâtiments avaient des nuances sophistiquées et étaient d'un certain prestige, avec de l'eau courante et un système de canaux qui s'écoulaient dans la rivière. Ils étaient utilisés depuis le début du siècle après JC jusqu'à au moins le dixième siècle, comme l'ont indiqué les découvertes les plus récentes.















Cette fonction stratégique du site est restée inchangée jusqu'au Haut Moyen Age, appelant les événements importants, sanglants et historiques du site. La présence de ce pont en fait, créé pour faciliter la vie d'une nation s'est retourné pour devenir une faiblesse.  
 
Cependant, en 237 après JC, les habitants d'Aquileia craignaient l'approche de l'empereur Maximinin le Thrace, déclarée ennemi public par le Sénat car il cherchait à prendre le contrôle de la puissance impériale. Les Aquiléens, effrayés par sa réputation en tant que commandant féroce et impitoyable, prirent une décision décisive et drastique : démolir le grand pont, d'environ 200 mètres de long et d'au moins 15 mètres de large.  La rivière étant en crue printanière résultant de la fonte des neiges, son armée ne pouvait pas traverser à gué. Il ordonna à ses soldats de réquisitionner des barils auprès des agriculteurs locaux et avec lesquels ils franchirent la rivière. Mais, il fut tué ensuite par ses propres soldats, fatigués et déçus par le très long siège d’Aquileia. Sa mort intervint après trois ans et quelques mois de règne, à l'âge de soixante-cinq ans. Le pont fut ensuite reconstruit à l'aide des décombres, tombés dans la rivière, ainsi que des matériaux en pierre prélevés principalement sur des monuments funéraires imposants. De la même manière, entre 401 et 408, les Wisigoths d'Alaric ont utilisé le réseau routier existant, ont franchi l’Isonzo par le pont et se sont rués dans les plaines de l’Italie. 
La présence de Lombards dans cette zone importante, qui devait être surveillée et protégée, a été suivie par les premiers peuples slaves, ce qui signifie que les structures étaient encore utilisées ou habitées tout au long de cette période et que le pont qui s'est effondré à la hauteur du moyen âge, était encore en service. 

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