jeudi 12 avril 2018

5 de Lomello à Carbonara al Ticino

1 l’étape du jour
Comme le très mauvais temps est installé sur la Lombardie, que nous marchons sur des routes étroites et que l’intérêt de l’étape est faible nous changeons de plan pour éviter d’être écœurés par cette pluie persistante. Nous prenons le bus pour rejoindre directement Pavie et ensuite retournerons sur Carbonara où nous avons réservé l’hôtel. La visite de Pavie sera plus instructive et nous pourrons nous mettre à l’abri facilement des que la pluie sévira.

2 le tracé



3 le détail de l'étape
 Il est visible sur les cartes détaillées anciennes ou les photographies aériennes que le tracé de la voie romaine était parfaitement rectiligne jusqu'à Dorno et au-delà. Ce n'est malheureusement plus le cas aujourd'hui...

Dorno est un autre lieu de passage de l'anonyme de Bordeaux : mutatio DuriisC'est le seul qui note ce relais entre Pavie (Ticinum) et Lomello (Laumellum). Probablement le nom ainsi écrit était influencé par le nom des rivières Duria (Dora en français Doire). 
Sans être cité, c'est le lieu dont faisait allusion Ammien Marcellin (Histoires, XV.8.18) : l'empereur Constance II avait donné en mariage sa sœur Elena à son cousin Julien et l'avait accompagné depuis Milan à un lieu "duabus culumnis insignem" entre Lomello et Pavie, d'où Julien a poursuivi sa route directement vers Turin.
Probablement au Moyen Age, le pays était à la frontière entre les comtés de Pavie et Lomello, mais est ensuite été rattaché avec toute la Lomellina à Pavie. 

Le  toponyme Carbonara vient de carbone, car l'endroit correspond à la zone où se trouvait la Sylva Carbonaria ( forêt riche en charbon). Ticino, cependant, provient du nom latin Ticinus, qui vient de la pré-latin Atesis, ancien nom de la rivière Tessin (Ticino en Italien).
Connu depuis le XIIIème siècle, Carbonaria, liée à la rivalité avec Gropello était sous la domination de Beccaria de Gropello puis par héritage (XVème siècle) de Visconti de la branche Breme et Gropello, dont Jérôme fut le premier comte de Carbonara (début XVIIème siècle). 

Carbonara al Ticino a été fondée sur l'ancienne voie romaine de Ticinum (Pavie), capitale lombarde, touchant Lomello et Cozzo, atteint Turin et ensuite le Mont Cenis. De nombreuses découvertes archéologiques ont été faites dans les campagnes de Carbonara et se trouvent dans le musée de Pavie attestant le passage puis l'installation des populations à l'époque d’Auguste.


À l'époque romaine, la ville antique de Ticinum possédait le premier pont reliant les deux rives de la rivière jusqu'au pont couvert moderne d'aujourd'hui. Les restes de ce pont sont facilement visibles dans les périodes d'étiage, en particulier la base de la pile centrale en trachyte des collines Euganéennes. La direction de cette pile est légèrement décalée par rapport à celle des ponts médiévaux et modernes. Elle indique qu'à l'époque romaine, la direction du courant de la rivière était différent. Un autre pilier du pont romain pouvait être vu jusqu'à il y a quelques années sur la rive gauche, mais il a été recouvert de terre pour élargir la rive. La construction de ce pont romain remonte à l'époque d'Auguste.
 
En 1351, il a été construit sur les ruines du pont romain un nouveau pont, conçu par Giovanni da Ferrera et Jacopo da Cozzo. 
 
 la fin de la guerre, suite à un débat houleux sur l'opportunité de restaurer ou démolir le vieux pont, par crainte de l'effondrement qui pourrait inonder le Tessin et par un manque de respect des monuments historiques, en Février 1948, le ministère des Travaux publics démolit à la dynamite le pont moyen-ageux.
Quelques vestiges des anciens piliers de ce pont sont encore visibles dans la rivière.
Le nouveau pont est une "copie » qui, de loin, pourrait passer pour un pont romain...


 
Pavia Civitas Ticino à 12 milles de la mutatio Duriis (Dorno) et à 20 milles de Mediolanum 
Les fondateurs de l'ancienne colonie pré-romaine appartenaient probablement à la tribu des Lévi et Marici qui se sont installés le long des rives de la rivière Ticino, non loin du Pô, dont le confluent était beaucoup plus proche de la ville que maintenant.
Selon la légende, les tribus qui fondèrent Pavie, sont arrivées près de l'endroit où la ville a été construite et étaient indécis sur la rive sur laquelle construire leurs cabanes, ils ont décidé de compter sur les dieux. Ils ont pris un bateau sur la rivière à partir de laquelle une jeune fille a lâché une colombe. L'oiseau a plané au-dessus de la rivière avant de se poser sur la rive gauche où il a commencé à construire son nid.
La ville était importante à l'époque des Romains, avec le nom de Ticinum, placée sur une extension de la Via Emilia, en 187 avant JC.
Ticinum était un municipe. Un arc de triomphe en l'honneur d' Auguste , et au IVème siècle a été le siège de la fabrication d' arcs. Cornelius Nepos , le biographe, est né probablement à Ticinum. Le centre historique de Pavie, un carré d'environ 1 km², a encore le plan typique dérivé du castrum, le camp militaire romain, avec deux axes perpendiculaires, le Cardo maximus (aujourd'hui Corso Strada Nuova) et le decumanus maximus (maintenant Corso Mazzini intersection Corso Cavour avant et après). Le plan de conservation de la ville a été rendue possible par le fait que la ville n'a jamais été complètement détruite. A partir du IIIème siècle a été construit la monnaie impériale qui est passée à six ateliers.
a légende Invictvs Constantinvs Max(imvs) Avg(vstvs) est associée aux deux bustes accolés de Constantin et de Sol.


La ville a été saccagée par Attila en 452 et Odoacre en 476. Elle a grandi en importance en tant que centre militaire pendant la période des invasions des Goths. Théodoric y construisit un palais, des bains, un amphithéâtre et de nouveaux murs.
La ville est devenue, Papia, dont découle le « Pavie » moderne, la capitale du royaume lombard et en tant que telle une des plus importantes villes italiennes. Avec la conquête de Pavie et la capture de Desiderio en 774 , Charlemagne a finalement détruit la suprématie lombarde.
 
 La basilique San Michele Maggiore est une église romane qui possède une superbe façade de grès blond, remarquable par l'équilibre de son décor sculpté. Le premier bâtiment religieux construit sur le site est la chapelle du palais lombard. Une première église dédiée à l'archange saint Michel est construite sur son emplacement, mais elle a été détruite lors d'un incendie en 1004. La construction actuelle débuta à la fin du XIème siècle (crypte, chœur et transept) et s’est achevée en 1155. 



Intéressants éléments architecturaux à l'intérieur, et surtout, belle fresque du XVème siècle dans l'abside. 
 




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Le château Visconti
Plus qu'une forteresse, le château de Pavie était surtout le siège splendide d'une cour raffinée, comme il est encore possible de deviner des grandes fenêtres extérieures à meneaux, de la loggia de la cour et des fresques des salles internes, éléments qui reflètent le goût du gothique. Dans la seconde moitié du XIVème et au XVème siècle, le manoir était un important centre de production artistique. 

Le château de Pavie fut acheté par la ville, restauré dans les années 20 et 30 et, après la Seconde Guerre mondiale, il est devenu le siège des musées civiques et abrite la Pinacoteca Malaspina.

 Ces espaces d'exposition sont répartis en fonction de la période historique liée aux expositions. Les musées logés dans le château sont le "Musée Archéologique et la Salle Lombarde", le "Musée Roman-Renaissance", le "Musée du XVIIème Siècle", la "Galerie du XIXème Siècle", le "Musée du Risorgimento" et le "musée de l'art moderne. 



Le Musée Archéologique et la Salle Lombarde est le premier  visité.


Une carte récapitule les lieux romains connus.


D’autres objets en verre démontrent la maîtrise des verriers romains.





Buste en bronze de l’empereur Auguste serti d’un parement en marbre rouge.




Vend matériel de cuisine romain ayant peu servi, en parfait état.


L’artisanat de fabrication de bijoux était également de haut niveau et fort varié.


Série de pièces en or lombardes


Portrait d’un homme d’Antonello da Messina (milieu  XVème siècle)


Jeune femme de Bernardino Luini, fresque décollée et reportée sur support bois) vers 1523


Peintures de Giovanni da Pisa, même période 




Pour changer de musée, il faut passer sous les arcades au frais mais protégé de la pluie.


La salle de la pinacothèque est immense.


On y trouve une maquette détaillée du Duomo fort bien réussie.


Au milieu des peintures anciennes, des tableaux colorés interpellent les visiteurs. En y regardant de près, ce sont plutôt des mosaïques modernes que des peintures, réalisées avec des objets en plastique de récupération.



Ces tableaux sont l’œuvre de Lady Be une jeune romaine qui commence à avoir une réputation internationale.








Voilà, pour la visite de Pavie. Nous rentrons vers Carbonara. Nous aurons parcouru moins de 10 km à pied dont plus de deux sous la pluie, au moment où elle commence à redoubler.



4 logistique
Hébergement
Hotel Ticino Via Roma, 14 tel +39 0382 400477    angechi@libero.it  chambres 60€

mardi 10 avril 2018

3 de Trino à Motta de Conti

1 l’étape du jour


Aujourd’hui, il pleut. La prévision est : pluie toute la journée, pas des trombes d’eau mais une pluie fine qui finit par passer à travers la pèlerine, tremper les mollets et dégouliner le long des chevilles : demain même temps mais la tenue sera renforcée avec des guêtres. Pour le reste, la vue qui nous est offerte demeure la platitude, une monoculture à base de champs de riz dont peu ont été semés, des canaux d’irrigation et des routes essentiellement rectilignes. La marche en bord de chaussée doit intégrer les flaques d’eau et les passages de véhicules, la sortie du téléphone de la poche est rare, il faut étudier le parcours à l’avance. Bref, peu de plaisir aujourd’hui sauf que l’étape est heureusement plus courte.... Mais demain, ce sera plus long pour aller jusqu’à Lomello.



2 le tracé

3 le détail de l'étape
 Nous quittons Trino en empruntant la route. La mansio se situait 4 kilomètres au nord de Trino à "Le Verne", presqu'à hauteur de Tricerro. D’ailleurs, la voie romaine peut être tracée de façon rectiligne entre les Mutationes et Mansiones. Les vestiges d’un pont romain retrouvés plus loin confirment le parcours direct au nord. On peut facilement imaginer que les romains n’avaient pas de difficulté à aller droit dans cette plaine et dans ce cas éviter de rester trop près du Po qui fait une boucle vers le sud.

 Nous passons par Balzola, autre village d'origine romaine sous le nom de Carbantia, où de nombreuses tombes, des poteries, des sections de la route ont été découvertes. 
La ville a été accordée par Otto III au monastère de Novalaise et faisait partie du système foraneo défense de la ville. Soumise à la compétence du marquis de Montferrat , il était de temps en temps accordé à divers propriétaires, y compris les comtes de Biandrate
Nous traversons le village qui semble mort. Nous trouvons au café un groupe d’habitants, nous sommes observés par les autochtones comme des extra-terrestres avec notre tenue bleue..
 Nous arrivons au village suivant Villanova Monferrato.
 Certaines découvertes archéologiques suggèrent l'existence du village sous la domination de l'Empire romain. Au IVème siècle après Jésus-Christ avec  l'évangélisation par Saint-Vescovo Eusebio commence la dépendance séculaire à Vercelli.
Au septième siècle, la construction de la première église est commandée par Emiliano II, seigneur féodal de la région. En 1197, elle est incorporée dans Borgo Franco (municipalité libre), avec acte écrit par les Consignori de Vercelli qui ont trouvé le nom (locus Villae Novae). 

Bref nous poursuivons, tous les magasins semblent fermés. Et nous arrivons quatre kilomètres plus loin à la Tenuta del Vecchio Mulino, située à l’écart du village que nous n’avons pas traversé. Le repas 

L’endroit est agréable bien qu’isolé. Nous allons directement dans la chambre et nous ressortons pour le dîner extraordinaire accompagné d’un Prosecco... un régal à donner envie de tester la carte en totalité. Et en plus nous avons dîné bien accompagnés...







Une adresse à retenir !

4 logistique
Tenuta del vecchio Mulino  Via Roma, 119/5, 13010 Motta de' Conti DP 90€

À Monferrato un restaurant chinois et une pizpzeria au village
 Bed&Breakfast All’Asilo via Pietro Bosso,    Tel :0142-590358.  e-mail:francesca@allasilo.it. 90€ (voir si moins cher sur booking et autres)
ARCOTEL***. s.s. Casale-Vercelli. Uscita A26 "Casale Nord". Tel  0142 493528 email: info@arcotelitalia.com 80€ et 2 km au sud du village 


dimanche 8 avril 2018

2 de Chivasso à Trino

1 l’étape du jour

Cette étape s’annonçait facile en allant jusqu’à Fontanetto Po comme initialement prévu. Le dimanche nous a été fatal puisque nous avons trouvé un seul hébergement possible plus de 10 kilomètres plus loin, à Trino. La longue marche s’est transformée en quasi marathon... En plus, pas possible de compenser l’écart par un bus ou un train : les indicateurs des transporteurs offrent beaucoup de possibilités mais toutes notées FER6. C’est à dire feriale 6 jours, en traduisant les 6 jours ouvrables sauf le dimanche ! Nous sommes arrivés à l’hôtel pour voir la deuxième mi-temps du match Racing vs RCT...
2 le tracé

3 le détail de l'étape
Chivasso (rappel : on prononce Kivasso !)
De Chivasso commence en outre le Canal Cavour, réalisé entre 1863 et 1866, un des plus hauts exemples de génie hydraulique de l’époque qui, à travers un réseau de canaux étendus, a permis le développement des territoires de la plaine du Po et en particulier de la riziculture.
  Nous assistons à une célébration des anciens Alpini  Ils vont sûrement faire un repas extraordinaire juste après.


Au passage nous voyons une enseigne qui plaira à Loïc : un « centri del Fai da Te » et en plus ouvert le dimanche !


Si nous ne sommes pas sur l’ancienne voie romaine en tout cas son tracé dans cette plaine du Po y ressemble. En fait, c’est bien elle puisque nous allons arriver plus loin à la Mansio Quadratis de notre anonyme de Bordeaux.




 La Mansio Quadratis (Quadrata)  est indiquée à 12 milles de la mutatio ad Decimum et donc à 22 milles de Turin.
 Depuis l'époque de la Rome antique, le territoire de la commune de Verolengo abritait une agglomération urbaine. Sur ce territoire se trouvait la Mansio Quadrata qui était un relais de poste pour ceux qui voyageaient sur la route Turin-Pavie (Augusta Taurinorum à Ticinum), ils pouvaient y faire halte, avec tout le confort de l’époque et bien sûr remplacer les chevaux. 

De nouvelles découvertes archéologiques sur le site près de Quarini en complément des études que l'avocat Vincenzo Druetti avait effectué sur l'emplacement de ce site même de l'ancien relais Mansio Quadrata, dissipent ainsi tout doute.



Dans le hameau de Benne, situé le long de l'ancienne route Trino / Pavie Verolongo, dans les alentours de la ferme historique actuelle de Quarino blanc et de Quarino rouge se trouvait cette colonie romaine dès le premier siècle avant J. C. . Il ne reste rien à Benne des bâtiments d’origine; le site n'a jamais été abandonné et donc souffert de l'évolution de l'histoire; Cependant, en comparaison avec d'autres mansiones, on peut supposer que le site était équipé d’un « hôtel » où les voyageurs pouvaient se rafraîchir et se reposer, d'un bâtiment alloué aux services requis pour le transport : les personnes, les animaux et les chariots. Le bâtiment a dû logiquement disposer de dortoirs, de thermes, d’un entrepôt et d’un relais de poste, un  atelier pour la réparation des charriots, une forge et un entrepot de stockage pour la paille et le foin. Il est possible que soit détaché du grand bâtiment, un temple dédié à une divinité, de sorte que les voyageurs, avant de reprendre le voyage, souvent semé d'embûches, pouvaient quérir l'aide des dieux.
Avec l'arrivée des invasions barbares la mansio s'est adaptée aux situations nouvelles : si la route Turin - Pavie a perdu de son importance, le cours de la rivière Po à proximité, du port de Chivasso Crescentino au confluent de la Doire Baltée et du Pô. La mansio est donnée à l'Abbaye Lucedio en 843. On suppose donc que la mansio, située entre le cours navigable du Pô et la route romaine n’est jamais disparue et a survécu aux barbares.



Les fermes de Quarino ont conservé la racine de l'ancien nom de Quadrata, transformé à la suite des évolutions successives en Quarto, pendant le Moyen Age, et enfin en Quarino. 
Quadrata , avait une importance considérable en raison de sa position le long des routes commerciales et militaires entre la Gaule et Rome, après Augusta Taurinorum (Turin) on s’arrêtait à Quadrata où il y avait une alternative pour aller à Piacenza par la Via Aemilia en passant par Ticinum (Pavie) ou par la Via Fulvia secondaire ( d'Asti à Tortona). La découverte de la nécropole, dans laquelle des dizaines de tombes ont été identifiées a permis de comprendre l'importance et la taille de la colonie romaine, rares sont en fait les vestiges des bâtiments, dont en général, seules subsistent les fondations. Parmi les objets mis en lumière sur le territoire de Verolengo, il y a des carreaux, des pièces de monnaie en cuivre et en bronze, datables entre 33 et 300, des vases en terre cuite, des objets en marbre et en bronze. principalement conservés au Musée Civique de Turin, un bronze de bonne facture représentant une belle figure féminine avec des ailes, une paire de décorations en argent, une urne de pierre dans laquelle il y avait une précieuse urne en albâtre couleur miel, qui devait garder les cendres d'une personne illustre comme indiqué par l'anneau d'or découvert avec la cornaline sur laquelle un aigle est gravé .
 Pour la première fois en 1420, après un silence de 115 ans, on retrouve dans l'archevêché des documents d' Ivrea nommant Quareto, la possession féodale de l'évêque du document Ivrea. Il parle aussi sur les limites de la colonie située entre le fleuve Pô, Dora, Monteu, Lauriano, Brusasco et Verolengo….
  
La Mansio se trouvait sur la gauche



À « Quarino Rosso » a été trouvé un fragment de borne milliaire dédiée à Constantin, qui témoigne que la route avait une importance stratégique en particulier au IVème siècle, route pivot du système de défense organisé contre l'invasion par les pays au-delà des Alpes. À cette période, pour faire face aux situations d'urgence militaires spécifiques, un contingent de contrôle Sarmatae Gentiles Quadratis, y a été installé. Les Sarmates avaient pour rôle de relancer l’agriculture mais aussi de protéger le territoire en cas d’invasion. Constantin, pour affaiblir la poussée des barbares et remettre en culture des terres désertes, osa établir à l'intérieur même de l'Empire des peuples entiers. Ainsi, les Sarmates, s’installèrent en 334, au nombre de 300 000, en Thrace, Macédoine, Italie du Nord et Gaule... Notre anonyme en a croisé lors de son retour...

Une paire de kilomètres plus loin, une voiture nous dépasse et s’arrête rapidement juste après. Les 4 occupants sortent et une dame vient vers nous. Si elle souhaite des renseignements, elle est bien mal tombée... En fait, ce sont également des pèlerins qui travaillent pour la via Francigena toute proche au nord. La dame est native de Quarrino et nous discutons une bonne dizaine de minutes sur le pèlerinage de l’anonyme de Bordeaux. Ultreia 
Nous sommes passés à Borgo Revel, en fait juste en face puisque le village est de l’autre côté de la ligne ferroviaire.
En face de Borgo Revel sur la rive droite du Po, se trouvait Industria, une ancienne colonie romaine qui fait partie aujourd’hui de Monteu da Po.
La colonie a probablement été construite entre 124 et 123 avant JC , dans le cadre d'une série de fondations des colonies dans les terres du Monferrato recherché par le consul Marco Fulvio Flacco , à l'ancien village ligure du Bodincomagus ( "place du marché sur la rivière Po" du nom de la rivière ligure, Bodincus) cité par Pline l'Ancien dans son Naturalis historia.
Grâce à sa position géographique au confluent de la Doire Baltée et du Po, qui mettait en communication le Val d'Aoste et ses mines avec le fleuve, c'était un centre commercial et artisanal axé sur la métallurgie. C’est à Industria , en effet , que les barges chargées de dalles en pierre des Alpes, étaient expédiées partout dans la République romaine.
 La découverte de nombreux objets en bronze, à la fois produit localement et importés, les pièces de monnaie, les structures de boutiques d'artisanat et demeures empreinte, témoignent du niveau de prospérité atteint par les habitants. La ville a été abandonnée vers le VIème siècle, probablement à cause des raids répétés des barbares sur ce territoire.




 
 Nous poursuivons notre longue marche jusqu’à arriver à
  Construite en 1242 par la commune de Vercelli comme un village libre, l'agglomération est née sur un territoire appartenait autrefois en premier Capitole de Vercelli de San'Eusebio (Moyen Age) puis l'abbaye bénédictine de Saint-Genuario et Lamporo, puis à la la Principauté de Lucedio ( Moyen Age). 
Le nom de la ville dérive du nom de Crescens, et son diminutif, relativement commun au XIIIème siècle. Tombé, en 1315, entre les mains de la famille pro-impériale Tizzoni Conti, le village avait un rôle important sur l'échiquier entre Po, Chivasso et Casale, une frontière entre le marquis de Montferrat et le duché de Savoie. 
Compte tenu de la distance parcourue et de l’heure, nous décidons de faire une pause. Un habitant élégant nous dit d’aller à l’Archigusto qui est un restaurant remarquable. C’est ce que nous avons faits et nous n’avons pas été déçus.
Le patron nous a fait la présentation de toute la carte en détail. 
Alors j’ai pris tout simplement une « Panissa alla vercelese con fagioli di Saluggia e riso carnatoli dell’ Azienda Agricola Andreone » qui est naturellement un plat typique.


Et Christine a retenu « l’uovo in camicia su letto di fonduta con perlage di tartufo nero ». Vous noterez qu’elle a eu droit à un verre de Barbaresco, elle...



Enfin, compte tenu de l’accueil nous avons tenu à faire la photo souvenir avec le patron qui lui-même est allé à Santiago et va y retourner. 



Nous sommes passés juste après devant la Mutatio Ceste (Cestae) après la sortie de Crescentino à 11 milles de Quadrata ; sa  position est définie précisément : 45,189906  8,151744
L'ltinerarium Hierosolymitanum souligne également, entre la mansio Quadratis et la mansio Rigomago, une autre mutatio Ceste,  située à mi-chemin entre Crescentino et Fontaneto Po. La raison la plus plausible est due au fait qu’un passage de fleuve est possible à cet endroit, le Po encore assez large tout en conservant certaine impétuosité et la profondeur du lit adaptée. Lors de la pose de la variante de Fontanetto Po du gazoduc de méthane Cortemaggiore-Turin on a découvert  juste au S-O du village, les vestiges d’une route pavée, large de 6 m en mauvais état,  mais quand même a montré une inclinaison par rapport au nord magnétique de  57°. Ce doit donc être un diverticule de la route principale Ticinum-Augusta Taurinorum pour s'enfoncer dans le territoire vers la localité Santa Maria. 
 Puis nous arrivons au village qui aurait du être la fin de l’étape : 
Il reste une dizaine de kilomètres, ce seront les plus longs pour arriver jusqu’à Trino, les lignes droites semblent infinies. Sur les côtés, les rizières sont en préparation nous ne nous plaindrons pas car c’est la garantie de ne pas avoir de moustiques. L’immense plaine est bordée au Sud de collines qui dirigent le cours du Po.



La première colonie est probablement d'origine celtique. Le nom d'origine, « Rigomagus » signifie « roi du marché » dans cette langue. A partir du deuxième siècle avant notre ère Rigomagus a été le site d'une mansio romaine (cité dans l'Itinerarium Burdigalense ) d' une certaine importance par sa position stratégique près du gué du Po et à l'intersection des routes qui reliait la civitas militaire Augusta Taurinorum (Turin) avec Ticinum (Pavia) puis Augusta Praetoria (Aosta) avec la Civitas Asta (Asti). Cette mansio se situait à "Le Verne", presqu'à hauteur de Tricerro.  à environ 4 km au nord de Trino et 2 à l'ouest de Tricerro.Les premières fouilles ont débuté en Novembre 1969 puis se sont poursuivies de Mars 1970 au 31 Mars 1973. La mansio Rigomagus  existait à la période impériale (gobelets de Vicarello du début du Ier siècle de notre ère), au troisième siècle (itinéraire d'Antonin) et au quatrième siècle (l'itinéraire Burdigalense). Rigomagus est toujours citée dans les compilations médiévales de géographique, la Cosmographie de l'anonyme de Ravenne et la Géographie de Guido, daté entre les septième et dixième siècles, mais qui ont utilisé des matériaux précédents l'invasion lombarde de la fin du VIème siècle. À cette époque, cependant, le chemin auquel appartenait la mansio Rigomagus était tombé en désuétude, remplacé par une variante au Nord par Vercelli, attestée par une étape consacrée à Tétrarques et trouvé dans la région de Livourne et au Moyen Age, du nom de la couche Liburni. Plus tard, le nom de Rigomagus disparaît des documents et semble n'avoir laissé de traces, même dans les noms de lieux locaux, tout comme sous une forme modifiée de ce lieu. 
 Les vestiges retrouvés montrent le plan d'un ensemble de bâtiments disposés, selon un sens logique et une vision précise de leur fonction. Les excavations ont mis en évidence : une zone centrale de 52 x 60 m, formant un enclos ceint par un mur soutenu par des contreforts, pour le logement; un grand hangar d'environ 3 m de large, le long du périmètre intérieur de l'enceinte ainsi que que des ateliers, des écuries, des entrepôts pour l'approvisionnement en nourriture pour les voyageurs et le fourrage pour les animaux. Ont été  également mis en évidence : 2 canalisations en briques, dont une pour l'eau potable et l'autre pour le drainage des eaux de la cour;  une route large de 3,60 m  autour de l'enceinte; deux salles de basilique avec abside, à l'opposé, en dehors à l'ouest du mur d'enceinte ; entre les deux salles, deux chambres avec salle de bains; au-dessus des deux salles on suppose que logeait le prepositus de la mansio; d'autres maisons autour de la clôture pour l'hébergement, des tavernes et des magasins construits par des usages privés. 

 Sur le territoire Trino il y avait deux usines de production d'électricité.
La première, la centrale nucléaire Enrico Fermi  a été construite dans les années soixante. Elle est située sur la rive gauche du Pô et a été pendant de nombreuses années été l'une des installations les plus avancées de son genre dans le monde. 
La deuxième usine, la centrale Galileo Ferraris  était à cycle combiné. Elle a été inaugurée en 1998 et est située près du hameau Leri Cavour . Elle se composait de quatre turbines alimentées au gaz méthane et deux turbines à vapeur et délivrait une puissance totale d'environ 700 MW.
Heureusement, l’étape demain sera plus courte mais annoncée pluvieuse. Nous irons dans un vieux moulin où il a un « paccheto » à 90€ en DP alors que le prix de la chambre seule est annoncé à 75...
4 logistique
Hébergement 
Hôtel il Convento Via Hermada 3/a, 13039 Trino B&B 95€

vendredi 6 avril 2018

Augusta Taurinorum


 En 218, Hannibal conduisit ses troupes à travers les Alpes. Il lui fallut, depuis la traversée du Rhône, dix jours d'approche, neuf jours de montée au milieu de tribus hostiles, deux jours de regroupement au col et quatre jours de descente en se taillant un chemin dans le versant, pour parvenir enfin dans la plaine du Pô avec la présence des fameux éléphants qui lui donnent un relief unique. Mais on ne sait pas par où il est passé même si nous sommes passés par deux cols possibles...

Les Taurini, alors en guerre avec les Insubres, qui s'étaient déjà alliés à Rome, se rebellèrent en faveur d'Hannibal puis d'Hamilcar en 200 avant JC. Les Taurinis décidèrent de rester fidèles à Rome et tentèrent d'interdire le passage à Hannibal. 



Polybe et Appien en témoignent tous les deux.  Taurasia était alors  un poste d'observation au point de passage du Pô, ils résistèrent  aux Carthaginois pendant trois jours avant de succomber aux troupes d’Hannibal et à ses effrayants éléphants.
 


 
 
 
Avant 100 av. J.-C. il n'y avait pas encore de cité mais des groupes d'habitations, jusqu'en 58 av. J.-C., pendant la campagne gauloise, Jules César établit un castrum, au confluent du Pô et de la Dora Riparia. 

En 44 av. J.-C., peu après la mort de César, le triumvirat déplaça une colonie appelée Julia Taurinorum dans la région de Turin.

En 28 av JC, Auguste y transféra une seconde colonie sous le nom de Julia Augusta Taurinorum dont le plan est encore détectable dans le centre de Turin.  
Julia Augusta Taurinorum s'est développée avec le plan urbain romain caractéristique, avec une muraille d'un périmètre d'environ 2875 mètres, et une surface de 45 hectares, ayant la forme d'un quadrilatère avec le coin nord-est biseauté.

En 312, Constantin Ier, dans la guerre qui l'opposait à Maxence, l'affronta victorieusement dans la capitale piémontaise, dans la zone comprise entre Turin et Rivoli. L’armée envoyée contre lui par Maxence, était dotée d'un fort contingent de cavalerie lourde ( clibanarius et cataphractus ) Constantin remarqua que les cavaliers de Maxence avançaient en formation de coin ; il ordonna à son centre de reculer, en élargissant autant que possible sa ligne sur le devant de son propre alignement, puis il ordonna aux côtés de se refermer sur l'ennemi. La cavalerie lourde ne put pas manœuvrer rapidement. Au contraire, Constantin disposait une cavalerie armée "légère", donc plus mobile. De plus, Constantin avait doté ses hommes de marteaux cloutés qui  rendaient moins efficace l'armure lourde des chevaliers adverses. Puis, Constantin ordonna à ses soldats d'infanterie d'avancer contre ceux de Maxence pour leur couper la route d'évacuation. 

Les habitants d' Augusta Taurinorum refusèrent d'abriter les troupes en retraite de Maxence, en fermant les portes de la ville. Après la bataille, Constantin y entra acclamé par ses habitants. D'autres villes de la plaine italienne, reconnaissant le génie militaire de Constantin et la façon dont il avait traité la population civile, lui envoyèrent des ambassadeurs pour le féliciter de sa victoire.



Au cours des IVème et Vème siècles, Augusta Taurinorum vit l'établissement de groupes de barbares en charge de garder les débouchés des cols alpins : les Dalmates de Constantin, puis les Sarmates.
 

Comment s’est développée la colonie d’Augusta Taurinorum ?
L’ager centuriatus  du territoire commença par l'umbilicus soli, le centre de la ville. À partir de là, l’arpenteur utilsa sa groma pour tracer les deux premiers axes perpendiculaires : le cardo maximus orienté nord-sud et le décumanus maximus orienté est-ouest. À leur croisement, outre l'umbilicus soli, se trouvait la place principale de la ville : le forum.  Ensuite, il traça de part et d'autre des axes initiaux, les cardi et les decumani secondaires (limites quintarii). Des routes secondaires parallèles ont ensuite été tracées à des intervalles de 100 actus (environ 3,544 km). Le territoire était ainsi divisé en zones carrées : les saltus. Le quadrillage est complété par d'autres axes parallèles à ceux déjà établies à une distance de 20 actus (710,40 m) pour définir ainsi une centurie.
 
Les murs de Julia Augusta Taurinorum dépassaient cinq mètres de hauteur et deux mètres d'épaisseur.





 L’enceinte disposait de quatre portes : Decumana, Prætoria, Principalis Dextera et Principalis Sinistra.  Ces murailles  étaient renforcés par cinq tours d'angle octogonales et des tours de guet de chaque côté, à l'embouchure des rues de la ville. 
 
 
 
Sur l'axe du Decumanus Maximus (la Via Garibaldi aujourd’hui), la Porta Pretoria, connue sous le nom de Porta di Po, est maintenant incorporée au complexe du Palazzo Madama. En face de cette porte se trouve la Porta Decumana, appelée aussi Susina ou Segusina (Segusium, le nom romain de la ville de Suse.



Le decumanus maximus a été révélé en plusieurs endroits.   

 


Sur l'axe du Cardo Maximus (via San Tommaso et via Porta Palatina), se trouvait la Porta Prìncipalis Sinistra également connue sous le nom de Porta Palatina ou Doranea et la Porta Prìncipalis Dextera, également appelée Porta Marmorea. Les rues principales (cardo et decumanus) avaient une très large voie, environ dix mètres et demi (un peu plus de 35 pieds romains), et étaient équipées de deux trottoirs d'environ un mètre et vingt (4 pieds romains) bordés par une rangée régulière de blocs de pierre carrés. La chaussée était pavée de grandes bases de pierre polygonales, disposées régulièrement, sous lesquelles coulaient les tuyaux d'égout.











La seule encore visible est la Porta Palatine, qui remonte au Ier-IIème siècle après J.-C. Le nom de « Porte palatine » provient de l’appellation médiévale de Porta Palatii, qui indiquait la proximité du Palatium impérial, probable demeure des ducs lombards et des comtes francs. Dans cette période, les portes jouèrent le rôle de véritables maisons fortifiées aussi bien vers l’extérieur que vers la ville. C’était la  porta principalis dextra  du mur d’enceinte romain : il en sortait une route importante, au débouché du cardo maximus, dans la direction nord-sud, dont il reste quelques traces, qui menait à Laumellum (Lomello) et à Ticinum (Pavie) en franchissant les collines au nord. 



C’est une construction robuste en briques, flanquée de deux tours polygonales, à 16 côtés, de 30 mètres de hauteur, avec une plinthe pyramidale, qui encadre une façade dans laquelle s’ouvrent 4 passages : deux centraux pour les chariots, deux latéraux plus petits pour les piétons.







 Dans les passages sont encore visibles les rails sur lesquels coulissaient les portes de fermeture. A l’extérieur, au-dessus d’une architrave en marbre, l’on voit deux ordres de fenêtres flanquées de lésènes et de demi-piliers.




 
Derrière la façade se trouve un bâtiment carré (la statio, ou caserne), qui abritait les gardes. Cette architecture était probablement commune aux autres trois autres portes principales de la ville romaine.
 

Les caractéristiques de la Porta Palatina sont répétées dans deux autres portes de la ville: la Principalis Dextra en marbre, détruite en 1635, mais enregistrée dans un croquis par Giuliano da Sangallo; et la Porta Decumana, dont les restes sont encore visibles sur la façade du Palazzo Madama.

Le théâtre romain est encore en partie visible dans la zone adjacente à la Porta Palatina, en partie cachée par une aile du Palazzo Reale.






 Construit près des murs de la ville afin d'éviter un gradient naturel dans la terre, le théâtre occupait presque tout un pâté de maisons. Sur deux côtés, il était délimité par deux rues, tandis que le porticus post scaenam était sa limite Nord, juste à côté des murs de la ville.
 


Les restes encore conservés dans l'ancien jardin royal montrent que dans une période suivant la construction originale, le bâtiment a été agrandi et l'enceinte rectangulaire remplacée par un front plus traditionnel. Le nouveau et plus grand demi-cercle, avec de robustes pilastres soutenant les murs, dépassait la limite fixée par la façade précédente et empiétait sur la plate-forme de la rue voisine. Des dalles de marbre blanc recouvraient le podium décoré de faux pilastres.

Au Moyen Age, on peut généralement observer une phase initiale de dissolution et de désorientation de l'organisation romaine, mais à Turin, la parfaite symétrie du plan romain a été continuellement préservée.
 

Nous avons profité de cette journée pour visiter deux nouveaux musées. 

En premier lieu le Palazzo Madama. Ce palais à la façade baroque révèle les préoccupations urbanistiques de la première moitié du XVIIIéme siècle en Europe, à savoir l'embellissement des édifices existants, la création de perspectives dans la ville et une volonté de paraître.







 
 
 

jeudi 5 avril 2018

Le départ du parcours 2018....

Ce matin Marie-Christine et Fred nous ont accompagnés gentiment à la gare de Montélimar. Grand merci !

Nous sommes dans le train... Ce n’est pas encore gagné car il nous faudra changer à Valence et prendre un autre TER vers Challes-les-Eaux. Ensuite ce sera un TGV qui roule avec certitude vers Torino. 
Le choix de partir juste après les deux premiers jours de grève semble bon.

Toujours est-il que nous ne connaîtrons pas de grève, de débrayages ou autre actions intempestives jusqu’à notre retour. En effet, dans les autres pays (et j’en ai visité quelques uns...) les trains arrivent et partent à l’heure et de plus il n’y a pas de grèves ou si peu

Qui plus est, quand j’ai découvert le “Nick mame” d’Air France pour la première fois,  je me suis dit que ces Américains prononçaient mal son nom. Air Chance n’était pas associée au risque d’accident mais à la probabilité de prendre l’avion prévu, car les grèves d’Air France sont fort partagées par les clients possibles et Delta Airlines a bien profité de la situation.

Ainsi nous sommes reconnus comme un pays spécial pour le goût de la grève au détriment de la négociation. La faible culture économique est partagée par nos politiques, nos journalistes et nos syndicalistes. Pour preuve, chaque débat semble orienté droite-gauche par les remarques formulées par les uns ou les autres. Cette année la participation chez Carrefour est réduite significativement. Ce n’est pas la faute des patrons ou actionnaires, c’est le simple résultat d’un calcul mathématique induit par loi promulguée par le Général De Gaulle et applicable à toutes les entreprises. Un bon journaliste qui a travaillé son dossier, devrait relancer face à une affirmation grossière. Ne pas le faire relève soit de l’incompétence, soit du parti pris... 

Arrivés à Valence-ville, le TER est déjà à quai, nous arriverons donc comme prévu à Turin en milieu d’après-midi... Nous ne connaîtrons plus les belles grèves et l’agitation associée ces prochaines semaines. 

Quant au débat concernant la SNCF, j’aimerai tant que les contribuables puissent choisir à quoi sert  leur impôt direct en l’affectant sur certains domaines. Ce n’est qu’une faible part des impôts et taxes mais les choix  effectués seraient une façon d’exprimer la satisfaction ou l’intérêt d’aider telle ou telle activité au détriment d’autres. Ainsi, les transports en train sont largement subventionnés et les contribuables de toute la France payent pour une faible partie desservie par les trains et qui plus est peu l’utilisent. Il faudra combien de décennies avant que les choses évoluent ? Une petite ligne peu rentable doit elle être maintenue ? C’est un sujet pour les politiques qui veulent être élus ou réélus. C’est l’état ou la région qui paye le déficit des lignes. Ainsi, l’énormité des dépenses est masquée par un manque d’information. Pour moi, l’aide ne devrait être apportée que si la fréquentation est suffisante, autrement dit si les clients plébiscitent l’usage. Cela n’a rien à voir avec le maintien de l’activité dans un territoire puisque le transport ferroviaire est en concurrence avec d’autres. Aujourd’hui, les bus et le co-voiturage taillent des croupières au train et à l’avion. Les arguments « écologiques » en faveur du train ne résisteront pas à l’arrivée de l’électricité pour les autres moyens de transport,  de même la voiture individuelle va laisser place à une voiture partagée sans conducteur beaucoup plus accessible qu’aujourd’hui tant en prix qu’en maillage du territoire. Il serait temps d’élargir le débat et d’expliquer quel sera le futur de la mobilité.

Ce blocage du débat existe aussi pour le domaine de la santé.  La rareté des médecins généralistes, leur accès en dehors des heures de bureau et l’abandon des visites à domicile ont conduit à un système de santé défaillant qui est dénoncé de plus en plus. Nos politiques ne trouvent pas « la » bonne solution pour repartir les médecins au sein du territoire. Ils inventent la télé-médecine, la maison de santé et autres alternatives au lieu de traiter le sujet de fonds qui est de revenir sur les dérives. Des médecins généralistes partout et qui traitent les urgences... Pour cela il faut imposer les affectations comme les professeurs, les facteurs... il faut que la Sécurité Sociale rembourse plus cher les visites à domicile, plus chers les consultations dans les « déserts médicaux » et l’inverse dans les zones de forte densité. Chaque urgence traitée par un généraliste doit être primée pour avoir évité une visite inutile aux urgences de l’hôpital. Les dits-services d’urgence devraient suivre et publier un indicateur de recours inadapté (je viens aux urgences parce que je n’ai pas trouvé de médecins généralistes). Il faut que le nombre de médecins formés corresponde au besoin et ne soit pas contraint par un numerus clausus qui incite à aller se former en Roumanie... Bref, ce n’est pas demain que les choses vont changer et le débat va perdurer au détriment de la santé des « usagers »  (un usager est le client d’un monopole mais le-dit client ne peut pas le faire évoluer et est obligé de l’utiliser).






Bref, nous quittons ce monde schizophrène pour basculer en l’an 333, ce voyage dans le temps et l’espace va nous conduire d’Augusta Taurinorum à Sirmium et au-delà. Les mutationes et les mansiones guideront notre parcours sur l´itinerarium Burdigalense. Demain sera consacré aux vestiges romains de Turin et promis je ne parlerai plus des grèves des Gaulois !